Tribune : Le réveil de la souveraineté audiovisuelle face à l’hégémonie des algorithmes

Face à cette dérive, nous avons choisi la voie de la résistance technologique. Lancée en novembre 2025, HISTOIRE DE LA TÉLÉVISION n’est pas seulement une chaîne de contenu, c’est un projet de souveraineté numérique qui refuse la fatalité des GAFAM.

Le récent blocage arbitraire du signal en direct de ma chaîne par une plateforme américaine n’est pas qu’une simple erreur technique. C’est le symptôme d’un mal profond qui ronge notre secteur : l’abandon de la souveraineté des pays diffuseurs au profit d’intérêts privés transatlantiques.

Pourtant, je ne m’y suis pas trompé. Si j’ai accepté de faire de YouTube une vitrine pour mon direct, c’était uniquement sur les conseils répétés d’amis et de confrères qui y voyaient un passage obligé. Mais au fond, j’avais raison de ne pas y croire depuis bien longtemps. Cette expérience n’a fait que confirmer mes certitudes : on ne bâtit pas un média pérenne sur le terrain mouvant d’un tiers qui peut vous exproprier sans préavis.

L’illusion d’une plateforme universelle

Après 32 ans d’activités professionnelles dans les médias, le constat est sans appel : nous avons laissé les clés de notre patrimoine culturel à des « juges de paix » algorithmiques basés à 9 000 kilomètres. Quand un robot désactive un flux légitime — comme ce fut le cas pour nos programmes pourtant validés juridiquement — il exerce un pouvoir de censure unilatéral, sourd à toute réalité contractuelle ou historique.

Comment accepter que nos infrastructures de diffusion dépendent du bon vouloir d’une IA californienne ? Comment tolérer que la majeure partie de la valeur créée par nos auteurs soit captée par des entités qui méprisent l’exception culturelle européenne ?

Le modèle « HISTOIRE DE LA TÉLÉVISION » : L’indépendance par l’acte

Face à cette dérive, nous avons choisi la voie de la résistance technologique. Lancée en novembre 2025, HISTOIRE DE LA TÉLÉVISION n’est pas seulement une chaîne de contenu, c’est un projet de souveraineté numérique qui refuse la fatalité des GAFAM.

  • La maîtrise des infrastructures : Nous développons et diffusons nos propres applications mobiles et TV. Nous ne sommes plus les locataires précaires d’un géant du Web ; nous sommes propriétaires de nos antennes numériques.
  • Le choix de l’Europe : Pour le traitement de nos données et notre diffusion, nous privilégions exclusivement des outils européens. Nos serveurs sont basés en France (via SiteGround) et nos VPS de diffusion sont propulsés par l’infrastructure française d’OVHcloud.
  • La force de l’Open Source : En utilisant des outils libres et ouverts, nous garantissons une transparence et une indépendance totale vis-à-vis des logiciels propriétaires opaques.

La diffusion comme acte de souveraineté

La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle s’exerce. Un pays ou un média qui ne maîtrise plus ses « tuyaux » de diffusion est une voix que l’on peut éteindre d’un simple clic à l’autre bout du monde.

Sortir du carcan des plateformes tierces, c’est s’assurer que les revenus servent à financer la création et le patrimoine, et non à gonfler des capitalisations boursières étrangères. C’est garantir au public un accès inaliénable à la culture, sans l’intermédiaire parasite d’un algorithme déshumanisé.

J’ai écouté les conseils, j’ai testé la « vitrine », et j’en reviens avec une conviction renforcée : l’heure est au déploiement de nos propres écosystèmes. La technologie le permet, le public y aspire. Le futur appartient aux diffuseurs qui ont l’audace de l’indépendance pour protéger leur liberté éditoriale.

Ne laissons plus un algorithme décider de ce que nous avons le droit de diffuser chez nous. Le média de demain sera souverain ou ne sera pas.

Patrick Sarréa

Patrick Sarréa